BD/Payer la terre
"Quelle est la vision du monde d'un peuple qui ne murmure ni remerciements ni prières, qui extrait tout ce qu'il veut de la terre, et paie ses dettes avec de l'arsenic?"
Joe Sacco
Payer la terre est une BD reportage, éditée chez Futuropolis & XXI en 2020, écrite et illustrée par le journaliste américain Joe Sacco.
Dans cet ouvrage de 264 pages, il nous livre un récit sur un peuple autochtone, les Dene, vivant dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada, aux frontières de l’Arctique. En 2015, il s'est rendu par deux fois sur leurs terres, où il est allé à leur rencontre, pour y connaître leur vie quotidienne, leur culture, leurs traditions, restées intactes pour certaines, et comprendre leur histoire depuis le contact avec les premiers colons anglais.
«Dans la forêt, on vit au contact de la terre et des animaux. On apprend à entretenir de bonnes relations avec eux, car ils sont très importants pour nous. En fait, on mesure l’importance du monde qui nous entoure. »
Paul Andrew
Il y a recueilli les témoignages émouvants et empreints d'authenticité de ces hommes et femmes foudroyés par un colonialisme violent, fondé sur la rentabilité et le génocide ethnique. Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu'à ce que la découverte de pétrole, du gaz et d'or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. A cette période, les autorités s'appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais de façon administrative, par des traités et une assimilation forcée des enfants.
«Dans un camp, on est un individu, on est unique, on est important, on a un rôle…Dans les pensionnats autochtones, il n’y a pas d’individualité…on vous donne un numéro, et vous êtes ce numéro. »
Paul Andrew
«Le gouvernement a incité les gens à quitter la forêt pour scolariser les enfants. Ils sont passés d’une vie libre en pleine nature à un système fondé sur l’argent, mais sans emplois. »
William Hagen
Joe Sacco y montre les méfaits d'un système qui détruit l'homme et l'environnement. Actuellement, c’est l’extraction du gaz par fracturation hydraulique qui suscite de nombreux débats entre eux - sa pollution, à qui ira sa rentabilité, apportera-t-elle du travail aux autochtones - et qui s’ajoute à la spoliation des terres.
«Outre les risques de déversement accidentel, l’industrie gazière et pétrolière laisse des empreintes qui transforment radicalement l’écosystème. »
Shauna Morgan
Son graphisme en noir et blanc est varié et agréable par sa finesse. Il retranscrit avec de grands plans séquences le réalisme et la beauté des paysages enneigés, de campagnes de pêche…mais aussi d’exploitations forestières et minières.
Cette BD très enrichissante et touchante, nous amène à une réflexion écologique en partant du drame d’un peuple et d’une région et en s’élargissant à l‘échelle de la planète où l’homme, par avidité, ne parvient pas à respecter la nature et à «payer la terre», c’est-à-dire
« Redonner à la nature ce que la nature nous a donné »
Frederick Andrew
Quelque 150 000 enfants amérindiens, métis et inuits ont été enrôlés de force jusque dans les années 1990 dans 139 pensionnats à travers le pays, où ils ont été séparés de leurs familles, de leur langue et de leur culture.
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